Le dîner à trois
Fabienne — Édité le 09 décembre 2025, 20:00
Je savais que ce dîner ne serait pas comme les autres.
Dès l’instant où j’ai posé la première assiette, j’ai senti en moi cette énergie calme, sûre, presque souveraine. Les bougies allumées projetaient une lumière chaude sur
la table et, quelque part, sur mes intentions.
Quand il est arrivé, il a vu le décor, il a vu moi, mais il n’a rien vu d’autre. C’était parfait.
— Tu es magnifique ce soir, m’a-t-il dit.
J’ai simplement souri. Il ne comprenait pas encore que je n’avais pas seulement préparé un dîner… j’avais préparé une mise en scène.
La sonnette a retenti.
À cet instant précis, j’ai senti son hésitation, la légère crispation dans ses épaules. Il m’a lancé un regard surpris, cherchant dans mes yeux une explication que je
n’avais aucune intention de lui offrir tout de suite. J’ai ouvert la porte.
Elle est entrée comme je le lui avais demandé : silencieuse, assurée, parfaitement consciente du rôle que je lui avais confié. Son regard est allé d’abord vers moi,
puis vers lui, avec une lenteur calculée.
— Merci de m’avoir invitée, Fabienne.
Sa voix était posée, douce… mais chargée d’une ambiguïté que j’avais anticipée. Je l’ai laissée prendre place sans dire un mot. Je voulais qu’il observe, qu’il analyse,
qu’il tente de comprendre… et qu’il échoue volontairement, parce que tout était déjà sous mon contrôle. Le repas a commencé.
Je ne participais presque pas à la conversation. C’était elle qui dirigeait les mots, et moi qui dirigeais elle. Chaque fois que son genou touchait le mien sous la
table, je sentais son souffle intérieur changer, devenir plus attentif, plus concentré sur moi. Je savais qu’il le percevait aussi. Sa posture, ses regards rapides,
son silence mesuré… tout trahissait la façon dont l’atmosphère se resserrait autour de lui. Un moment, l’invitée s’est penchée pour me verser du vin. Ce geste,
pourtant simple, avait été répété entre nous : cette manière de se rapprocher de moi avant de se tourner vers lui, ce contact de sa main sur mon épaule qui durait une
fraction trop longue… Je pouvais presque sentir son trouble à lui, cette hésitation entre fascination et perte de repères.
— Tu es sûre de ce que tu fais ? m’a-t-il murmuré lorsque l’invitée se leva quelques instants.
J’ai tourné la tête vers lui, lentement, comme pour lui rappeler qui menait réellement la soirée.
— Je sais parfaitement ce que je fais.
Je l’ai vu frissonner. Pas de peur, mais de cette forme de déstabilisation délicieuse qui ouvre toutes les portes.
Quand elle est revenue, elle a glissé sa main sur ma nuque avec une discrétion assumée. Je l’ai laissée faire. Ce simple geste a suffi : je l'ai senti, lui, retenir
son souffle. La dynamique venait de changer. Nous n’étions plus trois invités autour d’une table. Nous étions trois forces, alignées, imbriquées, chacune trouvant sa
place dans un jeu que je contrôlais depuis le début. Je me suis redressée, j’ai posé mes doigts sur la table, et j’ai simplement dit :
— Ce soir, vous écoutez. Vous observez. Et vous vous laissez porter.
Ils ont échangé un regard – un mélange d’interrogation et de consentement silencieux. Je n’avais même pas besoin de plus. Je me sentais puissante, calme, assurée.
Et eux deux, intrigués, attirés, presque reconnaissants d’être pris dans ce tissage invisible que j’avais créé autour de nous. La soirée venait seulement de commencer,
mais l’équilibre était déjà trouvé : c’était moi qui tenais les ficelles. Eux, qui se laissaient glisser dans ma danse. Et nous trois, enclenchés dans une tension
douce, complice, irrésistible.
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