Nehalennia et Fabienne : le rite des ombres
Nehalennia - Édité le 20 novembre 2025
Fabienne n’avait jamais pensé croiser un jour une femme comme Nehalennia.
Elle, la vendeuse de prêt-à-porter sans diplôme, un peu naïve mais sincère, vivant au rythme simple de ses émotions.
Nehalennia, au contraire, était une légende dans les cercles universitaires : docteure en lettres classiques, spécialiste des mythes féminins,
invitée partout où l’on parlait de pouvoir, de symbolique, d’esthétique.
Belle, distante, dangereuse — mais d’une dangerosité froide, intellectuelle, presque mathématique.
Elles se rencontrèrent un soir d’hiver, chez Martin Delbert à Agen.
Fabienne, venue chercher un agenda, se perdit devant la section « mythologie ».
Une voix calme glissa derrière elle :
— « Ce livre n’est pas pour toi. Tu n’y trouverais rien. »
Fabienne se retourna.
La femme qui lui parlait avait des yeux d’ambre posés sur elle comme une lampe d’interrogatoire.
— « Pourquoi… pas pour moi ? »
— « Parce qu’il faut des fondations pour porter un temple. Sans elles, il s’effondre. »
Fabienne ne sut que répondre.
Cette phrase, prononcée avec une douceur implacable, allait changer sa vie.
La Première Leçon : Le Silence
Nehalennia invita Fabienne à un café.
Elle parla peu. Observa beaucoup.
— « Tu as un potentiel que tu ignores. Mais tu t’agites trop. Le silence te fait peur. »
Fabienne retint sa respiration.
Sous ce regard, elle se sentait nue d’une manière étrange : non pas physiquement, mais mentalement, émotionnellement.
— « Écoute-moi. Dans notre monde, celui qui maîtrise le silence domine toujours celui qui le redoute. »
Ce soir-là, Fabienne comprit que la première étape de son initiation serait l’écoute.
Elle qui parlait trop, qui s’excusait trop, apprit à se taire.
À laisser l’autre occuper l’espace.
Nehalennia souriait à chacun de ses efforts : un sourire rare, mais qui valait une récompense.
Deuxième Leçon : Le Savoir comme Lien
Au fil des semaines, Nehalennia ouvrit à Fabienne des mondes inconnus :
Ovide, Hérodote, Sappho, Arendt, Bataille.
Elle lui faisait lire un paragraphe puis posait la question :
— « Qu’as-tu compris ? »
Fabienne tremblait.
Peu habituée aux textes complexes, elle faisait de son mieux.
Nehalennia l’écoutait, puis, parfois, corrigeait d’un ton sec :
— « Non. Recommence. »
— « Trop naïf. »
— « Tu t’échappes. Reviens au texte. »
Mais lorsqu’elle réussissait, lorsque Nehalennia acquiesçait d’un léger mouvement de tête…
Fabienne se sentait envahie d’une chaleur douce, profonde, qui lui donnait envie de continuer, de plaire, de se dépasser.
Peu à peu, la dominance intellectuelle de Nehalennia devint pour Fabienne une boussole, presque une drogue.
Troisième Leçon : La Présence
Un soir, Nehalennia l’invita dans son bureau.
Des livres partout, classés comme des soldats.
Une odeur d’encens et de cuir.
— « Assieds-toi. »
Fabienne obéit sans réfléchir.
— « Tu remarques ? Tu as cessé de résister. Ce n’est pas une faiblesse. C’est une confiance. »
Elle s’approcha, ses doigts glissant lentement sur la tranche d’un livre ancien.
— « La dominance n’est pas un rapport de force.
C’est l’art d’habiter un espace que l’autre accepte d’occuper avec toi.
Et toi, Fabienne… tu occupes l’espace que je te laisse. C’est ce qui te rend précieuse. »
Fabienne sentit un frisson, cette fois dans tout son être.
Elle découvrait qu’être « guidée » n’était pas humiliant — c’était libérateur.
Quatrième Leçon : L’Abandon du Parfum
Nehalennia tendit à Fabienne un flacon de parfum ambré.
— « Porte-le. C’est un exercice. »
— « Pour quoi faire ? »
— « Parce que je te l’ai demandé. Et que tu dois apprendre à laisser une empreinte que je choisis.
C’est un pacte symbolique. L’odeur que tu portes dit à qui tu appartiens sur le plan intellectuel. »
Fabienne sentit ses joues s’embraser.
À cet instant, elle comprit que la domination de Nehalennia n’était pas un simple accompagnement culturel.
C’était un rituel, un marquage, une transformation de son identité.
Un pas vers un territoire qu’elle n’aurait jamais osé explorer seule.
Dernière Leçon : Le Miroir
Un mois plus tard, Nehalennia lui présenta un miroir ancien, cerclé de cuivre.»
— « Regarde-toi. »
Fabienne obéit.
Elle se vit différente : plus droite, plus intense, plus consciente.
— « Tu n’es plus l’ignorante de la librairie.
Tu es devenue une élève rare.
La soumission intellectuelle est le début de toutes les métamorphoses.
Et tu as choisi la mienne. »
Elle posa sa main sur l’épaule de Fabienne.
Un geste mesuré, mais lourd de signification.
— « Maintenant, tu peux décider.
Rester dans mon sillage…
ou tracer ton propre chemin.
Mais souviens-toi : c’est en acceptant ma dominance que tu as découvert ta force. »
Fabienne ferma les yeux.
Elle sut alors qu’elle n’était plus guidée par faiblesse, mais par désir d’évolution.
Epilogue
Des mois plus tard, il suffisait que Nehalennia prononce son prénom pour que Fabienne retrouve ce mélange unique de respect, de trouble et de motivation.
Elle n’était plus « inculte ».
Elle était initiée.
Et dans le monde silencieux qui existe entre deux regards, elle restait — volontairement — sous l’ombre lumineuse de Nehalennia.
Non comme esclave.
Non comme élève.
Mais comme femme choisissant l’intellect de l’autre comme chemin de transformation.
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